Ghezlen Frenard · Coach Evolution · octobre 2026
En 2025, la France a battu son record de créations d’entreprises (1 165 800), au moment même où l’aide publique à la création s’effondrait : l’ACRE est divisée par quatre pour la plupart des créateurs, par deux pour les micro-entrepreneurs, et l’indemnisation chômage se durcit.
Je reçois chaque semaine des porteurs de projet, des salariés en reconversion ou des demandeurs d’emploi qui me demandent : « Est-ce que je peux encore compter sur des aides pour me lancer ? » En 2026, la réponse a changé, et pas dans le bon sens. Voici le point sur la réglementation en vigueur à la date du 12 octobre 2026 : vingt ans de recul, cinq ans de réformes, les nouvelles règles de l’ACRE et de France Travail (ARE, ARCE), et un zoom sur la micro-entreprise.
20 ans de recul : d’un statut d’exception à la porte d’entrée de l’entrepreneuriat
En vingt ans, la création d’entreprise est passée d’un parcours réservé à quelques profils à une démarche de masse, portée par un régime simplifié.
- 2008-2009 : naissance de l’auto-entrepreneur. La loi de modernisation de l’économie du 4 août 2008 crée le statut, en vigueur depuis le 1er janvier 2009. Il simplifie les démarches et allège les cotisations. Le succès est immédiat.
- 2014-2016 : l’auto-entrepreneur devient micro-entrepreneur. La loi Pinel fusionne les termes ; l’appellation « micro-entrepreneur » s’impose en 2016. Fin 2016, l’Insee comptait 860 000 micro-entrepreneurs actifs, mais notait déjà que l’activité rapportait peu à la majorité d’entre eux.
- 2019 : la loi Pacte. L’ancienne ACCRE, réservée aux chômeurs, devient l’ACRE (aide à la création ou à la reprise d’entreprise), accessible à un public plus large.
- 2022 : le statut de l’entrepreneur individuel. La loi du 14 février 2022 protège automatiquement le patrimoine personnel de l’entrepreneur individuel, micro-entrepreneur compris.
- 2025 : un record. L’Insee recense 1 165 800 créations, dont 758 600 micro-entreprises, contre environ 400 000 en 2018.
Le fil rouge de ces vingt ans : on a d’abord facilité l’entrée dans l’entrepreneuriat, puis on s’est demandé ce que cette facilité coûtait et ce qu’elle produisait.
Cinq ans de réformes : la chute de l’aide à la création
L’ACRE, aide phare à la création, a été divisée par quatre pour la plupart des créateurs et par deux pour les micro-entrepreneurs, tout en devenant plus difficile à obtenir : la logique est passée d’aides larges et automatiques à des aides ciblées, sur demande et nettement moins généreuses.
| Date | Mesure | Effet pour le créateur |
| 1er septembre 2026 (annoncé) | Loi n° 2026-470 du 11 juin 2026 sur l’assurance chômage | Après une rupture conventionnelle, durée maximale d’indemnisation ramenée de 18 à 15 mois (moins de 55 ans) et de 22,5 à 20,5 mois (55 ans et plus). Entrée en application annoncée pour le 1er septembre 2026, sous réserve d’agrément : à vérifier. |
| 1er juillet 2026 | Décret n° 2026-69 du 6 février 2026 : ACRE des micro-entrepreneurs | Taux de cotisations à 75 % du taux de droit commun (contre 50 % avant) : l’exonération tombe à 25 %. |
| 1er janvier 2026 | LFSS 2026 (loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025) : réforme de l’ACRE pour tous les créateurs | Exonération plafonnée à 25 % (elle était totale), demande obligatoire auprès de l’Urssaf sous 60 jours, public resserré. |
| 1er janvier 2026 | Seuils de la micro-entreprise revalorisés pour 2026-2028 | 83 600 € pour les services et professions libérales (77 700 € avant) ; 203 100 € pour la vente (188 700 € avant). |
| 2025 | Réforme de la franchise de TVA (seuil unique à 25 000 €) | Votée dans la loi de finances 2025 puis abandonnée par la loi du 3 novembre 2025 : seuils inchangés. |
| 1er avril 2025 | Cumul de l’ARE et des revenus d’activité | Le versement s’arrête quand 60 % des droits restants à la date de création sont consommés (créations après cette date). |
| 1er janvier 2025 | France Travail remplace Pôle emploi | L’inscription à France Travail reste la clé d’accès à l’ACRE et à l’ARCE. |
| 14 février 2022 | Statut de l’entrepreneur individuel | Séparation automatique du patrimoine personnel et professionnel. |
L’ACRE avant et après 2026
| Avant 2026 | Depuis 2026 | |
| Exonération (créateur hors micro, revenu inférieur à 75 % du plafond de la Sécurité sociale) | Totale | 25 % |
| Exonération (micro-entrepreneur) | 50 % | 25 % (créations depuis le 1er juillet 2026) |
| Obtention | Automatique pour la plupart des créateurs | Demande à l’Urssaf dans les 60 jours après le début d’activité, sans rattrapage possible |
| Public | Presque tous les créateurs et repreneurs | Catégories ciblées (voir ci-dessous) |
| Renouvellement | — | Pas d’ACRE si elle a été accordée dans les 3 années précédentes |
Deux exemples chiffrés. Un créateur hors micro dont les cotisations théoriques atteignent 10 000 € passait de 0 € à payer (exonération totale) à 7 500 € à payer aujourd’hui. Un micro-entrepreneur en prestation de services commerciale qui facture 2 000 € paie 424 € de cotisations sans ACRE (21,2 %), 318 € avec l’ACRE 2026 et 212 € avec l’ancienne ACRE à 50 % : l’aide pèse désormais 106 € au lieu de 212 €. Ces calculs sont les nôtres, à partir des taux publiés.
Qui peut encore demander l’ACRE ?
Notamment : les demandeurs d’emploi inscrits à France Travail depuis au moins 6 mois sur les 18 derniers mois, les bénéficiaires du RSA ou de l’ASS, les jeunes de 18 à 25 ans, les titulaires d’un contrat d’appui au projet d’entreprise (CAPE), les créateurs installés en quartier prioritaire (QPV) ou en zone France ruralités revitalisation (ZFRR), et les salariés d’entreprises en procédure collective. Selon l’analyse d’Eurex, un salarié en CDI qui démissionne pour créer n’entre dans aucune catégorie, sauf s’il relève d’une autre. Les conditions détaillées sont à vérifier auprès de l’Urssaf.
France Travail : ARE, ARCE et indemnisation, ce qui change
Pour un demandeur d’emploi, trois leviers coexistent, avec un effet de ciseaux : moins d’ACRE et des droits au chômage plus courts pour certains.
- L’ARE maintenue. Vous gardez une partie de votre allocation, recalculée chaque mois selon vos revenus déclarés. Depuis le 1er avril 2025, ce cumul est plafonné : il s’arrête quand 60 % des droits restants à la date de création sont consommés. Le solde de 40 % ne peut être prolongé qu’à titre exceptionnel, après examen par une instance paritaire régionale.
- L’ARCE en capital. Elle correspond à 60 % des droits restants à l’ARE, moins 3 % de cotisations de retraite complémentaire, versés en deux fois : 50 % à la création, 50 % six mois plus tard sous réserve que l’activité continue et que vous n’ayez pas signé de CDI. Elle est imposable comme un salaire. Exemple de France Travail : 18 000 € de droits restants donnent 10 476 € nets, soit deux versements de 5 238 €, et 7 200 € de droits restent récupérables si l’activité s’arrête.
- ARE et ARCE s’excluent. Il faut choisir l’une ou l’autre. L’ACRE, elle, peut se cumuler avec les deux.
- Le piège de la demande d’ACRE. France Travail indique que l’ACRE doit être obtenue avant de demander l’ARCE. Une demande d’ACRE déposée trop tard, c’est donc potentiellement une exonération perdue, sans rattrapage, et l’accès à l’ARCE compromis.
- Un chômage plus court après une rupture conventionnelle. La loi n° 2026-470 du 11 juin 2026 réduit la durée maximale d’indemnisation à 15 mois avant 55 ans (20,5 mois à partir de 55 ans). Pour un projet de création financé par ses droits au chômage, cela raccourcit mécaniquement la période pendant laquelle on peut être soutenu.
Zoom sur la micro-entreprise : un succès de masse, une fragilité durable
La micro-entreprise représente 65 % des créations 2025, mais moins de trois micro-entrepreneurs sur dix sont encore actifs cinq ans après leur immatriculation.
Les chiffres clés (Insee)
- 758 600 micro-entreprises créées en 2025 (+5,9 % sur un an), un plus haut historique, contre environ 400 000 en 2018.
- 301 300 sociétés créées (+5,9 %) et 105 900 entreprises individuelles classiques (-4,1 %).
- 28 % des micro-entrepreneurs immatriculés en 2018 sont encore actifs cinq ans après (22 % pour la cohorte 2014). Parmi ceux qui ont réellement démarré, 39 % sont encore là, contre 63 % pour les entreprises individuelles classiques et 71 % pour les sociétés.
- 20 000 € de chiffre d’affaires moyen en 2023 pour les micro-entrepreneurs encore actifs de la cohorte 2018, et 12 000 € de médiane. Le chiffre d’affaires n’est pas le revenu : il faut retirer cotisations et charges.
- Le secteur pèse plus que le profil : seulement 6 % d’actifs à cinq ans dans la livraison, contre 43 % dans l’industrie. Côté âge, 39 % chez les quinquagénaires contre 13 % chez les moins de 25 ans.
Les plafonds 2026-2028
| Activité | Plafond de chiffre d’affaires micro | Franchise de TVA (seuil / seuil majoré) |
| Vente de marchandises, hébergement | 203 100 € | 85 000 € / 93 500 € |
| Prestations de services, professions libérales | 83 600 € | 37 500 € / 41 250 € |
Le plafond micro et le seuil de TVA sont deux notions différentes : on peut devoir facturer la TVA tout en restant micro-entrepreneur. Le régime est conservé tant que le plafond n’est pas dépassé deux années civiles consécutives.
Les cotisations en 2026
Pour les professions libérales non réglementées (BNC hors CIPAV), le taux de cotisations est passé de 24,6 % à 25,6 % au 1er janvier 2026. Avec l’ACRE réduite à 25 % d’exonération depuis le 1er juillet 2026, un micro-entrepreneur paie désormais 75 % du taux normal (exemples chiffrés dans la section sur les réformes).
Le revers des records
Les créations battent des records, mais les défaillances aussi : près de 70 000 entreprises ont fermé en 2025 selon Altarès, soit +63 % entre 2022 et 2025. Et dans une enquête auprès de très petites entreprises, 56 % des dirigeants constatent une baisse de leur chiffre d’affaires en 2025.
Ce que cela change pour votre projet
Avec une aide réduite, sur demande et de plus en plus ciblée, la préparation du projet pèse davantage que l’avantage social des premiers mois. Sept réflexes à adopter :
- Vérifier votre éligibilité à l’ACRE avant de créer. Inscription à France Travail depuis 6 mois sur 18, âge, zone (QPV, ZFRR), CAPE : sans catégorie éligible, vous paierez les cotisations à taux plein.
- Déposer la demande d’ACRE dans les 60 jours. Elle est obligatoire, sans rattrapage, et c’est la condition préalable à l’ARCE.
- Arbitrer entre ARE et ARCE avec un calcul. Capital de 60 % des droits restants (moins 3 %) en deux versements, ou allocation maintenue mais plafonnée à 60 % des droits restants : tout dépend des revenus attendus dans les premiers mois.
- Budgéter sans compter sur l’aide. Construisez votre prévisionnel avec les cotisations à taux plein et traitez l’exonération comme un bonus.
- Choisir son régime en connaissance de cause. Au-delà de 83 600 € de services, ou si vos charges réelles sont élevées, comparez micro-entreprise, entreprise individuelle au réel et société.
- Se faire accompagner avant de se lancer. Le CAPE ouvre l’accès à l’ACRE, et un regard extérieur aide à choisir le bon secteur et le bon modèle : l’Insee montre que le secteur d’activité pèse plus sur la survie que les caractéristiques personnelles du créateur.
- Tester le marché avant de déclarer. Plus d’un micro-entrepreneur sur trois n’a toujours généré aucun chiffre d’affaires deux ans après son immatriculation : valider son offre et ses premiers clients avant d’immatriculer évite de payer des cotisations pour un projet qui ne démarre pas.
À anticiper aussi : l’obligation de réception des factures électroniques démarre le 1er septembre 2026, et celle d’émission pour les plus petites structures le 1er septembre 2027.
En conclusion : entreprendre reste possible, mais plus sans préparation
Vingt ans après la naissance de l’auto-entrepreneur, la micro-entreprise est devenue la porte d’entrée de l’entrepreneuriat français, et l’aide publique à la création a chuté : ACRE divisée par quatre ou par deux, demande obligatoire, public resserré, chômage plus court pour certains. Ce n’est pas un signal pour renoncer : c’est un signal pour mieux se préparer. Un projet solide se juge sur son marché, son modèle économique et sa trésorerie, pas sur l’exonération de cotisations de la première année.
Vous avez un projet de création, de reconversion ou un doute sur le bon régime ? Je vous accompagne chez Coach Evolution, de la clarification du projet à son lancement : www.coach-evolution.com.
Sources
Sources consultées en octobre 2026 ; à vérifier sur les sites officiels avant publication, les règles évoluant vite.
- France Travail, ARE, ARCE, ACRE : créer son entreprise quand on est chercheur d’emploi, guide 2026
- Eurex, ACRE 2026 et chômage après rupture conventionnelle : ce qui change (LFSS 2026, article 23)
- Éditions Tissot, Rupture conventionnelle : la loi réduisant la durée d’indemnisation chômage est publiée (loi n° 2026-470 du 11 juin 2026)
- Fiducial, Réforme de l’assurance chômage : conditions plus strictes pour le créateur d’entreprise
- Previssima, Créateurs et repreneurs d’entreprise : le coup de rabot sur l’ACRE est acté
- Insee, Les créations d’entreprises en 2025, Insee Première n° 2092, janvier 2026
- Insee, Micro-entrepreneurs immatriculés en 2018 : moins de trois sur dix encore actifs cinq ans après, Insee Première n° 2069, septembre 2025
- Weblex, ACRE : le tour de vis est confirmé, 18 février 2026
- Legifiscal, Décret réduisant l’exonération ACRE (décret n° 2026-69 du 6 février 2026)
- CCI Lyon Métropole, Dispositif ACRE : nouvelles conditions d’attribution, 5 mars 2026
- CCI Paris Île-de-France, Revalorisation des seuils 2026-2028
- Le Coin des Entrepreneurs, Nouveaux seuils micro-entreprise 2026, 2027 et 2028
- Bpifrance Création, Micro-entrepreneurs : ce qui change en 2026
- Espace Auto-entrepreneur, ACRE 2026 : l’exonération passe à 25 %, 22 juillet 2026
- Journal du Net, Seulement 28 % des micro-entrepreneurs encore actifs cinq ans après
- Europe 1, Création d’entreprises : 2025 bat tous les records (défaillances Altarès)
- Copeps, Historique du statut d’auto-entrepreneur






